Il y a un moment, dans une saga, où il faut savoir s’arrêter. Fast & Furious X (10) n’a absolument pas suivi ce conseil et a, au contraire, fait péter toutes les barrières.
La franchise avait commencé avec des voitures tunées par Kéké, le beauf du lycée, des courses de rue, des mecs qui faisaient vroum-vroum dans des parkings avec des filles à moitié à poil et une histoire de famille qui fait des casses. Mais qui est quand même une famille cool (ils font des merguez au barbecue). C’était pas d’une subtilité folle, certes, mais c’était plutôt un divertissement sympa.
Le titre de cet article est donc volontairement putaclic, puisque, a fortiori, ce n’est absolument pas gênant qu’un film lorgne sur la beauferie. Au contraire. Le beauf, quand c’est assumé, ça peut être drôle.
Seulement voilà : les voitures ont commencé littéralement à voler. Ensuite, elles ont sauté d’un immeuble à l’autre. Puis elles ont carrément défié les lois de la physique en allant dans l’espace. Et là, dans cet opus, le bolide de Toretto, joué par l’immonde Vin Diesel, fait carrément du toboggan sur un barrage qui explose… Et là, j’ai lâché l’affaire.

Bon, je me doutais bien de la cata qui s’annonçait. Je ne suis pas non plus allé au ciné en pensant voir un chef-d’œuvre. Déjà parce que l’opus est réalisé par Louis Leterrier, et que le Français n’est franchement pas connu pour sa subtilité. Le mec adore visiblement Michael Bay, sauf qu’il a poussé le curseur encore un peu plus loin dans le bourrinage. Bay, c’est déjà pas exactement la chips la plus croustillante du paquet niveau subtilité, mais Leterrier parvient pourtant à le faire passer pour Terrence Malick…
Puis, le scénario. Il tient sur un Post-it recto verso, ni plus ni moins. En gros, le fils d’un ancien méchant veut se venger de Dom parce que Dom a tué son père dans Fast Five. Il s’appelle Dante (il tombe à pic, vous l’avez ?), il est très énervé, il veut faire souffrir Dom, il s’en prend à sa famille et finit par kidnapper son gamin. Voilà.
Bon, en soi, un scénario peut être simpliste et le film diablement efficace. Mais ici, ce n’est pas le cas. L’intrigue avance au lance-pierre, les personnages prennent des décisions parce que le scénario en a besoin et les coïncidences s’empilent avec la délicatesse d’un camion-benne. Tout n’est que prétexte à faire tout péter, comme des mongoles.
Et du coup, c’est même plus impressionnant. On est blasé devant ce qui se passe sous nos yeux. Au fond, c’est comme si vous pouviez manger autant de glaces que vous voulez sans jamais grossir : bah au bout d’un moment, la glace ne provoque plus chez vous la moindre sensation de plaisir. C’est exactement ce qui se passe ici. Il faut bien qu’il y ait un peu de danger, un peu de frustration, la possibilité qu’un personnage se plante vraiment. Mais là, non : tu sais que quoi qu’il arrive, les mecs vont s’en sortir.
D’autre part, et ce ne sera un scoop pour personne, Vin Diesel joue comme un cul.
Et comme il a la réputation d’être un gros connard sur les plateaux de tournage, ça me fait évidemment plaisir de lui mettre un petit taquet qu’il ne lira jamais, mais qui me fait quand même beaucoup de bien. Vin, tu es à chier. On se demande vraiment comment tu as réussi à devenir acteur tant ton registre semble se limiter à regarder quelqu’un avec les sourcils froncés en répétant comme une buse le mot « familleeeee ». Bref, Vin Diesel n’est pas exactement la lumière qui éclaire le mieux le couloir.
Et puis il y a Jason Momoa. Il gesticule, il grimace, il ricane, il prend des poses, il balance des petites phrases exactement à la manière d’un Mike Myers en Austin Powers. Il ne joue pas un personnage, il joue Jason Momoa qui joue un personnage qui joue au méchant. Le mec en fait des caisses (vous l’avez ?) à chaque seconde. À côté de sa prestation dans Fast & Furious X, son Aquaman peut prétendre à l’Oscar. C’est dire… Quoique son meilleur rôle est peut-être celui de bouffeur de glaces dans la pub Nuii. Là, au moins, on comprend ce qu’il fait.

Bref, Fast & Furious est devenu une saga pour dégénérés.
Même les fans de la première heure ont fini par lâcher l’affaire devant cette bouillie indigeste où chaque épisode doit absolument faire plus gros que le précédent.
La franchise s’est tout simplement parodiée elle-même. Sauf qu’à force de pousser le curseur, on n’est même plus dans le fun. Ça devient tellement gros que ça en devient presque écœurant. Pour rester dans le domaine de la crème glacée : c’est comme foutre une montagne de chantilly tellement sucrée qu’au bout de trois bouchées, tu ne sens même plus le goût de la glace. T’as beau en rajouter, ça ne devient pas meilleur. À un moment, t’as juste envie de gerber.
Et pourtant, je peux pardonner énormément de choses à un blockbuster. Je peux accepter qu’un film soit con, même. Mais il faut au moins qu’il soit amusant. C’est d’ailleurs ce que Michael Bay réussit plutôt bien. Certes, ses films sont l’antithèse de la probabilité et de la subtilité, mais au moins, le mec sait ce qu’il fait. Il te balance des explosions, des bagnoles, des nanas en contre-plongée et des trucs qui pètent dans tous les sens, mais il ne te demande jamais de prendre ça au sérieux. C’est bourrin, c’est débile, mais il en a conscience.
Mais là, cette bouse a en plus la prétention de se prendre au sérieux.
Et c’est peut-être ça qui m’emmerde le plus : ils font n’importe quoi avec le sérieux de mecs persuadés d’avoir pondu Le Parrain IV.
Qu’ils continuent leurs conneries sans moi. Ils s’en foutent, soi-dit en passant, et ils auraient bien tort de se priver : avec un budget annoncé autour de 340 millions de dollars, le film reste une machine à pognon malgré tout. Mais la machine commence quand même à tousser. Les recettes sont en baisse, le public commence à décrocher et, à force de pousser le moteur dans le rouge, il va bien finir par y avoir une sortie de route.
Et cette fois, même Toretto ne pourra pas survivre.