Il y a des idées où, sur le papier, tu te dis : “putain, mais comment ils ont pu se rater ?”
Le Marsupilami, quand même.
Le machin a tout. Une gueule et un look reconnaissables entre mille, une jungle, une mythologie, enfin bref un potentiel visuel énorme. C’est littéralement une bestiole faite pour l’aventure. Le genre de personnage qui appelle de grandes cascades, des paysages de malade, des péripéties en veux-tu en voilà…
Et là, non. Philippe Lacheau arrive et nous dit : “Hey, vous savez quoi ? Et si on mettait une grosse partie du film… sur un bateau ?”
Un bateau. Un rafiot. Une coquille de noix ! Lacheau met littéralement en images une croisière Costa !
Alors que le Marsupilami, c’est quand même le roi de la forêt de Palombie. Le mec a une queue de plusieurs mètres (si vous avez pensé à un truc, vous avez vraiment l’esprit super mal placé), il balance des mandales, il saute partout, il vit dans un univers où l’homme n’est pas censé mettre les pieds… et non, on trouve le moyen de lui faire passer une bonne partie de son propre film paumé en pleine mer.
Fallait oser. Vraiment. Et c’est probablement le plus gros problème du film : cette impression permanente de passer à côté de ce qui faisait tout le potentiel du personnage. Est-ce un manque de budget ? Une volonté artistique ? Je cherche encore la réponse.
Mais voir le Marsupilami privé de sa jungle, c’est un peu comme foutre un requin dans une piscine municipale. Vous imaginez Les Dents de la mer à Aqua Boulevard ? Steven Spielberg qui remplace l’océan par trois mètres de chlore, un toboggan jaune et un gamin qui hurle parce qu’il a perdu sa frite ? Pas moi.
Le problème, c’est qu’à force de retirer tout ce qui faisait le charme du personnage, on finit par avoir un Marsupilami qui ressemble presque à un invité dans son propre film.

Et malheureusement, ce problème d’identité se retrouve partout.
Parce qu’au-delà de cette histoire de bateau qui me reste franchement en travers de la gorge, c’est surtout l’impression de voir un film qui ne sait jamais vraiment ce qu’il veut être. Un grand spectacle d’aventure ? Pas vraiment. Une grosse comédie familiale à la sauce bande à Fifi ? Même pas totalement. Au final, le film flotte entre deux eaux… ce qui est assez ironique pour un Marsupilami qui passe son temps sur un radeau.
Et je précise un truc, histoire d’éviter le procès en bashing gratuit : je ne suis pas du tout allergique à Philippe Lacheau et sa bande. J’ai passé de bons moments devant Babysitting, Alibi.com ou encore Nicky Larson et le parfum de Cupidon. Ils savent faire des comédies efficaces, avec une vraie énergie, un sens du rythme et une capacité à aller chercher le gag qui fonctionne.
Donc non, le problème n’est pas : “c’est Philippe Lacheau, c’est populaireuuuuuuh, donc c’est forcément nul.” Non, le mépris facile, ce n’est pas une critique. Le problème, c’est juste que cette fois, la machine ne prend pas.
Et c’est là que la comparaison avec le film d’Alain Chabat fait forcément mal. Parce que Chabat avait compris un truc essentiel : une créature comme le Marsupilami, ce n’est pas juste une bestiole jaune qui fait “houba”. C’est un univers. Il fallait lui donner de la folie, un peu de mystère, une vraie ambiance. Il fallait faire rêver !
Le plus frustrant, c’est qu’on sent parfois ce que le film aurait pu être. Il suffit de quelques plans, de quelques idées visuelles, pour entrevoir le potentiel du personnage. Mais à chaque fois que le film pourrait décoller, il revient gentiment se garer au port…
Et pourtant, il y a quelques bonnes idées.
Les scènes de combat, notamment, ne sont pas honteuses. Certaines sont même plutôt réussies. La séquence en vue subjective du Marsupilami est probablement l’un des meilleurs moments du film. Alors attention, on ne va pas non plus appeler le réal’ de John Wick pour lui demander son avis hein. Ça reste une comédie française avec des moyens français. Mais au moins, pendant quelques minutes, le film comprend ce qu’il a entre les mains.

Même constat pour le design de l’animal, qui est finalement une vraie bonne surprise. Là où beaucoup auraient probablement choisi la facilité avec une créature numérique ultra propre, lisse comme un cul de bébé et sans aucune âme, le film prend un parti pris beaucoup plus physique. Le Marsupilami a presque un côté animatronique à l’ancienne, un mélange improbable entre un Furby sous stéroïdes et un cousin éloigné d’ET. Une bestiole finalement plutôt mimi, qui plaît aux enfants, et ça, c’est cool. Pour une fois, le film fait un choix qui lui donne une vraie identité !
Alban Ivanov, également, qui débarque là-dedans avec son douanier et vient mettre un peu de vie dans ce bazar. C’est simple : il a les meilleures vannes du film. Le gars joue dans une autre catégorie, avec ce mélange de nonchalance et d’énergie qui lui appartient. Il arrive presque à faire croire que tout ça tient debout.
Mais c’est tout. Car au-delà de l’histoire du bateau, le film souffre aussi d’un gros problème de jeu et d’écriture. C’est souvent approximatif, parfois franchement gênant, avec des facilités scénaristiques grosses comme… des maisons. On sent les blagues arriver longtemps à l’avance, on voit les chutes venir avant même que les personnages aient fini leur phrase, et certaines situations sont écrites avec les fesses.
Le film finit même par se vautrer dans un travers très classique : le gros passage émotion ultra appuyé et bête à manger du foin. Parce qu’évidemment, il fallait rajouter une morale sur le couple séparé qui s’aime encore, les blessures du passé, les retrouvailles, les sentiments qu’on n’a jamais vraiment oubliés… Le pack complet, quoi.
Le problème, ce n’est pas qu’un film familial ait du cœur. Au contraire. Le problème, c’est quand il te force à ressentir quelque chose au lieu de simplement te laisser le ressentir. Ici, on voit les ficelles. On voit la main derrière le rideau. On sent le moment où le film te prend par les épaules en disant : “Allez, maintenant tu dois être ému, s’il te plait.”
Au final, ce Marsupilami, c’est le genre de film qu’on peut lancer un soir où le cerveau est resté au Fitness Park, histoire de ne surtout pas lui demander le moindre effort. Un divertissement sans ambition, sans surprise, qui peut éventuellement passer… à condition de noyer ses attentes au fond d’un paquet de chips.
Et c’est bien ça le plus frustrant : quelle occasion ratée ! Avec un personnage pareil entre les mains, il y avait de quoi faire voyager, rêver, partir dans une aventure complètement folle.
C’est quand même un sacré comble de voir une créature capable de traverser toute une forêt finir par tourner en rond sur un fichu bateau…